textes courts

Ces textes peuvent se lisent en quelques minutes. Certains étaient destinés à de concours de nouvelles. Mais tous ont été écrits avec plaisir.

Midi trente-neuf. Une femme lit dans une brasserie. Une main sous le menton. L’autre qui maintient son livre ouvert. Des lunettes sur le nez. Une chaîne autour du cou. Un bracelet doré au poignet. Cheveux mi-longs ébouriffés. Quarante-cinq, cinquante ans. Pas vraiment belle, ni vraiment laide. Normale.

Une femme lit

Midi trente-neuf. Une femme lit dans une brasserie. Une main sous le menton. L’autre qui maintient son livre ouvert. Des lunettes sur le nez. Une chaîne autour du cou. Un bracelet doré au poignet. Cheveux mi-longs ébouriffés. Quarante-cinq, cinquante ans. Pas vraiment belle, ni vraiment laide. Normale. Elle porte un pull blanc, une jupe courte noire, des bottines cirées. Ses jambes sont gainées de gris. Devant elle, sur la table, une tasse de café, un verre à moitié rempli, une carafe d’eau, une serviette froissée en papier et l’inévitable smartphone.

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Hors du temps

Hors du temps

Elle n’est pas vraiment belle. Elle n’est pas vraiment moche. Même pas quelconque. Elle est. Tout simplement. Sans fioritures. Sans effets. Elle fait son boulot, la serveuse. Été comme hiver. Elle s’affaire, passe d’une table à l’autre, remplit les verres et les tasses, prépare les desserts, accueille les clients, encaisse ceux qui partent. Toujours sur la brèche.
Depuis des années, je viens déjeuner dans cette brasserie. À la longue, une forme de connivence s’est développée. La serveuse connaît mes habitudes, mes goûts. Et moi, son prénom. Constance. Lorsque je franchis la porte, son visage revêche s’éclaire. Nous échangeons quelques banalités. Et je m’installe. Souvent à la même table. Parfois ailleurs si cette dernière est occupée. Je sors alors mon livre du midi. Un roman simple, facile à lire dans un endroit fréquenté. Car mon attention est fragile. Un rien la perturbe. Une conversation à la table voisine. Une silhouette qui passe dans la rue. Un regard que je croise.

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Dans la froidure

Dans la froidure

Petite brune en doudoune noire. Échouée en terrasse. Sur une chaise. À peine sortie de l’enfance. Dix-huit ans à tout casser. Elle explore son smartphone. Boudeuse comme seules peuvent l’être les gamines de son âge. Le froid ne semble pas l’atteindre.
Bien au chaud, à l’intérieur du resto, tu dégustes ton gratin de choux-fleurs aux lardons. À côté du radiateur. Ta place habituelle. Entre deux bouchées, tu observes le ciel gris, la rue, les passants et la fille. Par simple curiosité.

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Un acte manqué

Un acte manqué

Je l’observe depuis un moment. Grande. Brune. Arborant une longue chevelure foncée. Digne. Majestueuse. Intimidante. Elle affiche la fierté des femmes du sud, de celles qui ne se laissent pas importuner. Regard sombre qui vous transperce. Élégance naturelle.
Elle vend des vêtements pour les hommes dans un grand magasin. Le genre d’endroit où la moindre paire de chaussettes coûte une fortune. Où les marques occupent l’espace. Où, en principe, je ne mets jamais les pieds.
Premier jour de soldes. J’erre dans les allées, passant d’un rayon à l’autre. Par curiosité. Je ne cherche rien. Ma garde-robe est complète : trois jeans, douze tee-shirts, et trois pulls. De quoi tenir toute l’année. Je me contente de peu.

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octobre

Octobre

Jeudi d’automne.
Treize heures et des poussières.
Sur la place ensoleillée.
Un groupe de jeunes.
Installés sur la terrasse.
Au milieu, une fille.
Cheveux châtains clairs.
Frange.
Manteau long sur robe courte.
Des grosses bottines aux pieds.
Debout.
Elle explore son smartphone.
Discute avec ses comparses.
Se tient au centre du groupe.
Attire l’attention.
En est consciente.
Le fait même exprès.
Son regard survole la place.
Sonde les environs.
Cherche.

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torpeur

Torpeur

Fin de journée. Torpeur d’été. Un vent brûlant secoue les arbres. Feuilles jaunies. Beaucoup sont déjà tombées. Soleil d’août. Ombres qui s’allongent. Lumière qui change.
Étendu sur le transat. Un roman à la main. Les vacances s’achèvent.
Tout est cramé. Le sol. L’herbe. Canicule oblige. Alerte rouge. Personne ne bouge. Fait trop chaud. Quelques sons attirent l’attention. Les arbres qui bruissent. Un oiseau qui s’envole. Une pomme de pin qui s’écrase.
Surtout ne toucher à rien. Tout doit rester à l’identique. Profiter de l’instant. Les couleurs. La chaleur. Le calme. Tout mémoriser pour plus tard. Lorsque les vacances seront terminées. Dans trois jours.

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dans les bois

Dans les bois

Neuf heures. Le réveil sonne. Sur le smartphone programmé hier dans un élan de motivation. Pas facile d’émerger. Je m’étire, roule sur le côté. Mes jambes basculent dans le vide. Mon pied droit rencontre le sol, aussitôt rejoint par son compère. Une vague de satisfaction me submerge. J’ai atteint mon premier objectif.
Je prépare mon petit-déjeuner. Tranches de pain grillé. Confiture de figue. Café. Oranges pressées. Rien d’exceptionnel. Juste ce qu’il faut pour emmagasiner un minimum d’énergie.
Dehors le ciel a viré au gris. La chaleur s’est envolée, chassée par un petit vent frais. Les feuilles des arbres bruissent. Je ne supportais plus le soleil accablant des derniers jours. Toujours le même temps, la même torpeur, la même envie de lézarder. Pour un peu, je me réjouirais d’une averse.
Je prépare le sac à dos. Bouteille d’eau. Lunettes de soleil. Casquette. Smartphone. Papiers. Une petite douche achève de me réveiller. En avant pour l’aventure ! Je remonte l’allée, m’élance sur la route d’un pas décidé. Les paroles d’une chanson me reviennent 

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